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C'était un 12, et après ? !
On était au début de l'année, donc avec des « Bonne Année ! » (Souhait traditionnel) en réserve. Les étudiants commençaient à reprendre le chemin de l'école, de l'université, ou des centres d'apprentissage. Le commerce et l'administration ont à peine fini d'enlever les décorations de Noël et beaucoup de cartes et de cadeaux attendaient les bonus et les mois de Décembre en retard pour être envoyés. Et puis à 4:53 P.M., pour la première fois pour cette génération, la terre de Port au Prince et de ses environs allaient vibrer mais d'une intensité infernale (7.0 sur l'échelle richter).
Ce fut un véritable cauchemar les yeux ouverts. Il faisait encore assez clair donc on pouvait aisément assister au spectacle. Tout ce qui était sur la terre de Port-au-Prince se mit à voltiger, ou du moins à danser une danse inconnue jusqu'alors. Les maisons, les buildings, les masures ont dansé cette danse avec tout ce qui était à l'intérieur comme à l'extérieur. Les voitures ont aussi exécuté des pas extraordinaires, mais les conséquences sont désastreuses et immédiates. Pourquoi faut-il que la terre (l'écorce terrestre) se mette aussi à se déstabiliser.
Cette musique de moins d'une minute a eu raison du palais national, du palais législatif du palais de justice ainsi que celui des ministères ; le building logeant le QG de la Minustha, la cathédrale de Port-au-Prince, des universités, des écoles primaires et secondaires, professionnelles et préscolaires, des temples, des maisons de résidence et de commerce sont aussi de la liste qui ne finit point.....
Cette danse a pété le fiel des danseurs. Il ne fallait pas danser, mais cette musique était plus forte que nous. Quoique étrangère elle nous a tous contraints à la suivre. Tous ceux qui étaient dans les environs ont eu pour leur compte. Cette danse improvisée que rien ni personne ne souhaite danser une seconde fois nous a humiliée. En détruisant tout ce qui faisait notre fierté, nos biens matériels et notre suffisance. (Tout moun te pè e tout moun nan lari. Dans sa a te vin pou nou tout bon).
Et après? Et après, vient le tambour qui comme d'habitude, est très lourd.
Des milliers de morts à Pleurer, des dizaines de centaines d'handicapés à encadrer
Des milliers de réfugiés en province et en république voisines à réorienter.
Des milliers de sans abris qui envahissent les terrains vides et les centres et rebords des espaces publiques (Nan peyi a pa gen raje ankò, tout tounen abri pwovizwa).
Une capitale plus laide que jamais avec un centre ville d'après Guerre,
Une communauté internationale en polémique pour savoir qui aura la meilleure place sur la table de reconnaissance».
Une population traumatisée se rapprochant de plus en plus de la paranoïa (anpil moun konn santi tè a tranble menm si se pa vre, epi depi yon pòt fèmen, yon baryè ouvri yon gwo machin pase, tout moun gentan sispèk. Yo gentan ap prepare yo, pou yo met deyò.)
Et désormais chaque haïtien ayant vécu le 12, vit entre la tristesse et l'angoisse.
La tristesse. Quand nous voyons les ruines des maisons ou des institutions nous nous rappelons de nos amis, nos femmes, nos maris, nos enfants, nos collègues, nos modèles, martyrisés. Et ces édifices grands ou petits qui ont résisté à la charge sismique, ont tous l'air de tombeaux qui attendent le moment propice pour nous engloutir tout vivants. C'est l'Angoisse. Que de décombres qui nous disent : « M manke n' »
Que de fissures nous humilient en disant : « M'ap pran n' kanmenm »
Et ces maisons qui restent « dyanm », mais à qui nous ne faisons plus confiance
Pwason te fè dlo konfyans men se dlo ki bouyi l'
Béton que tus es méchant
On comptait sur toi pour nous épanouir
C'est toi qui nous as engloutis pourtant
Et Désormais le dilemme est faut-il reconstruire encore avec toi ou démolir tout ce qui te contient.
Et puis Quel élan de charité. Mais et la distribution ?... ! Quelle Distribution ? Définitivement Rien ne nous sied. A dire vrai, nos élites ne nous ont pas préparé à quoique ce soit. Surtout pas à çà. Aux Elections contestées, Oui! Aux Béni soit l'Eternel, Oui ! Mais pas à çà. La catastrophe nous solidarise. L'aide internationale nous divise encore une fois. Seulement on verra, si cette fois-ci, nous voudrons surpasser nos traditions arriérées. Pourrons-nous surpasser nos ego rétrogrades ? Hélas! C'est notre Douze (12janvier 2010) à nous, C'est à nous de choisir sur qui nous voulons tirer :Sur NOUS-MÊMES ou sur les Failles ?
Extrait de Ti Pawol II
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